|
"Nous ne sommes pas en monarchie mais en république (...) dès lors, bien des évidences se trouvent compromises, voire inversées"
N.B : la qualité du fichier sonore n'est pas du fait de RFR

Soucieux, peut-être, de ne pas heurter le désordre libéral établi, Grégoire Dubost a décidé, sur RFR, en toute amitié bien sûr, de vilipender ses « camarades » royalistes qui auraient trouvé leur homme providentiel en une femme, Marine Le Pen, parce qu’ils observent avec attention, et avec intérêt, pourquoi le cacher, cette dynamique nationale en train de s’opérer sous leurs yeux, une dynamique que le Front National ne saurait, du reste, s’approprier.
Or, pour Grégoire Dubost, ces royalistes-là commettraient le péché irrémissible de « populisme ». Nous croyions pour notre part que cette injure était devenu le réflexe quasi-pavlovien de certains politologues et journaleux du régime, qui ne dénoncent le « populisme » que parce ce mot en contient un autre, « peuple », dont ils ont conservé la sainte horreur des bourgeois du XIXe siècle. Ces bourgeois, Maurras refusaient de les condamner en bloc, non seulement parce qu’il en était un, mais en raison, aussi, de leur aptitude économique ou de leur utilité sociale. En revanche, il condamnait leur égoïsme en des termes qui le feraient passer pour un dangereux marxiste aux yeux de notre ...camarade.
Populisme rimant avec jacobinisme, nous serions du même coup, je cite : « conquis par le virage jacobin du Front national : sans doute, ajoute Grégoire Dubost, cela s’inscrit-il dans la logique souverainiste ». Et de poursuivre : « En s’accommodant de la souveraineté nationale récusée par Maurras, on assimilait déjà plus ou moins l’Etat à la nation », « dorénavant, c’est également la nation qu’on assimile à l’Etat ». Et voilà que Grégoire Dubost ne nous accuse pas moins que de ...fascisme, puisque l’assimilation de la nation à l’Etat est le fondement de la doctrine de Mussolini. Mais je ne pense pas que telle ait été son intention.
Il ne m’appartient pas de décider si oui ou non le Front national a opéré un « virage jacobin » : je suis membre de l’Action française et je n’ai à me prononcer, en tant que tel, que sur les bienfaits ou les méfait éventuels des programmes politiques à l’aune du seul intérêt national. Or la préservation de la souveraineté nationale en est la pierre d’angle.
Les mânes de Maurras bondiront-ils parce que j’ai osé employer l’expression honnie ? C’est oublier que, de même que le mot nation a évolué au XIXe siècle et que le nationalisme est devenu, en son sens intégral, le fondement même de notre royalisme, de même l’expression « souveraineté nationale », du moins dans un contexte souverainiste, n’a plus le sens qu’elle avait au temps où Maurras la condamnait. Souveraineté nationale signifiait à l’époque souveraineté populaire, l’adjectif national ayant, dans cette expression, conservé son sens révolutionnaire. La souveraineté nationale référait au mythe rousseauiste de la volonté générale. Aujourd’hui, souveraineté nationale signifie souveraineté du pays, indépendamment de son régime politique ou de la philosophie politique qui préside à ce régime. C’est parce qu’il incarnait cette indépendance de la patrie que, sous l’ancien régime, le Roi était appelé empereur en son royaume. Le tout est de savoir si le régime républicain permet d’assurer cet empire ou cette indépendance ou encore cette souveraineté nationale : si je suis royaliste, c’est qu’à mes yeux, la réponse est non.
Faut-il également condamner cette autre dérive, que commettrait, aux yeux de Grégoire Dubost, notre ami Paul-Marie Coûteaux, qui évoque la souveraineté de l’Etat dans le récent entretien qu’il a accordé à L’Action Française ? Il ne m’appartient pas de décider ce qu’il entendait par là, mais de définir en quoi cette notion peut être recevable ou non à nos yeux Du reste, Paul-Marie Coûteaux parle plus précisément de « souveraineté intérieure » qu’il assimile explicitement à l’autorité de l’Etat. Rien de préjudiciable à nos yeux. De fait, il me semble que Grégoire Dubost fait une série de contresens qui s’enchaînent les uns les autres. Le premier concerne le souverain. Le souverain est ce qui est tout au-dessus : superanus, il est donc indépendant ou encore absolu. Tel était le sens de « absolu » dans monarchie absolue. Par sa situation, le Roi, sans s’identifier à l’Etat, en assurait l’indépendance. Malheureusement, la république se définissant par l’absence de Roi, de souverain, l’Etat, en république, n’est plus protégé des intérêts partisans mais se retrouve au contraire abandonné non tant à lui-même qu’aux factions qui en monopolisent la puissance pour leur seul profit. La République, c’est l’utilisation de la puissance publique à des fins privées. La République, c’est la privatisation de l’Etat.
Or Maurras a toujours condamné la privatisation de l’Etat, notamment au travers de sa dénonciation des états confédérés qui, par volonté de puissance ou intérêt idéologique, religieux ou de classe, cherchent à monopoliser à leur profit la puissance publique. C’est pourquoi, dénoncer, comme Paul-Marie Coûteaux, le fait que des syndicats politisés ou corporatistes fassent la loi à l’Education nationale n’est pas refuser de limiter l’Etat à ses fonctions régaliennes, surtout en une époque d’économie de la connaissance où la question du savoir est d’importance nationale. C’est, les choses étant ce qu’elles sont, refuser que des états confédérés, en l’occurrence des féodalités syndicales, qui ont un poids idéologique et économique certain, puissent s’approprier une part de l’intérêt général. Savoir si l’éducation doit demeurer du ressort de l’Etat est une autre question. Du reste, si la réponse était négative, ce ne serait certainement par pour donner l’Education aux syndicats ! A nos yeux, donc, nul jacobinisme dans la dénonciation de la main-mise syndicale sur l’Education nationale...
Précisons encore notre pensée.
Au fond, le contresens principal que commet Grégoire Dubost est plus précisément un oubli : il oublie une seule chose dans son intervention, mais elle est de taille : c’est que nous ne sommes pas en monarchie mais en république. Et que, dès lors, bien des évidences se trouvent compromises, voire inversées. Car, Maurras l’a souvent observé, ce qui est possible, souhaitable, voire indispensable ou tout simplement naturel en monarchie devient impossible, risqué, voire tout simplement périlleux en république. Ainsi, la monarchie est naturellement fédérative alors que la république, du moins en ses débuts, fut naturellement jacobine. Pourquoi ? Parce que toute chose désirant persévérer dans l’être, en France, une république fédérative, si elle eût été possible, eût signifié sa mort immédiate. C’est ce qu’avaient compris les Montagnards contrairement aux Girondins. Et c’est ce que révèle, a contrario, la fausse décentralisation de 1981, qui s’appuie sur la disparition progressive depuis mai 68 de l’idéologie républicaine. Malade, arrivée au bout de ses contradictions, la République se dilue, d’un côté, dans un despotisme local et une gabegie financière contraires aux intérêts des régions et, de l’autre, dans une Europe supranationale qui encourage un fédéralisme centrifuge, antinational. Les féodalités renaissantes depuis trente ans le prouvent : la décentralisation, en république, c’est la mort.
C’est pourquoi, en république, je suis « jacobin » dans l’exacte mesure où il faut suffisamment d’autorité de l’Etat pour préserver la cohésion nationale. Et si je suis monarchiste, c’est que, comme Maurras, je suis fédéraliste. A ce titre, si « tournant jacobin » du Front national il y a, je n’y serai pas opposé dans l’exacte mesure où ce « jacobinisme » participera du redressement national, mais uniquement dans l’attente du Roi fédérateur.
Il est donc vrai, cher Grégoire, que, « selon Maurras, - je vous cite - un Etat normal laisse agir [...] la multitude des petites organisations spontanées, des collectivités autonomes qui étaient avant lui ». Mais voilà, la république n’est pas et ne sera jamais un Etat normal, du moins en France. Aussi, ne raisonnons pas comme si nous étions en monarchie alors que nous sommes dans ce régime de mort qu’est la république. Et surtout, ne faisons pas, en un troisième contresens, de Maurras un complice idéologique du libertarien Madelin. Comment pouvez-vous affirmer en effet, il est vrai en en étant désolé - vous pouvez l’être ! : « le maître de l’AF ne [vous] semble pas opposé à certains libéraux » tels Alain Madelin, auteur d’un récent plaidoyer pour la subsidiarité publié récemment sur son blog, dans lequel il milite, je cite, pour « le remplacement des relations verticales par les liens horizontaux, dans un grand chamboule-tout de la pyramide des pouvoirs. »
L’article de Madelin, Grégoire Dubost l’a-t-il lu en entier ? Il s’appuie, pour vanter « l’inéluctable retour de la société civile » (c’est son titre) non pas sur Charles Maurras, mais sur Abraham Lincoln. Cet article mériterait à lui seul une chronique. Disons simplement - chacun peut aller le consulter - que sous la volonté REPUBLICAINE et non ROYALE, d’une coordination horizontale de la société contre l’Etat, perce la subversion individualiste : ce que refuse Madelin, c’est la hiérarchie, c’est l’organisation sociale, c’est cette inégalité verticale, qui protège, au profit de l’inégalité horizontale, qui opprime. En dehors de toute hiérarchie et de tout groupement d’intérêt ou de toute association professionnelle, sa subsidiarité n’est rien d’autre que l’institutionnalisation du droit du plus fort, qui aboutit à ce que Maurras appelait la célèbre liberté de mourir de faim. Maurras, contrairement à Madelin, souhaite la libre organisation des communautés mais dans un dynamique verticale qui protège d’autant mieux la personne que cette dynamique repose non pas sur la fausse liberté de l’individu livré à plus puissant que lui mais sur la famille, le métier, l’association, la commune, la province, jusqu’au Roi. Madelin, c’est l’anti-thèse de Maurras.
Le site du GAR a fort opportunément republié ces jours derniers quatre articles de Maurras de 1908 sur les tueries républicaines d’ouvriers. Que Grégoire Dubost les relisent : ils sont d’une actualité éblouissante.
François Marcilhac
Mettez la chronique sur votre site
<div style="background-color:black;"> <div><img src="http://www.radio-royaliste.fr/templates/camelotsstyle/images/imagestemplate/enregistrement.jpg" border="0" width="200" height="46" style="border: 0pt none;" /></div> <div> <object id="dewplayer" width="200" height="20" data="http://www.radio-royaliste.fr/dewplayer.swf" type="application/x-shockwave-flash"> <param name="name" value="dewplayer" /> <param name="wmode" value="transparent" /> <param name="flashvars" value="mp3=http://www.radio-royaliste.fr/filechroniques/chroniqueGD-04-reponsemarcilhac.mp3&showtime=1" /> <param name="src" value="http://www.radio-royaliste.fr/dewplayer.swf" /> </object> </div> </div>
|